Pour retourner à la page d'accueil. Vers quelques données biographiques concernant Robert MISRAHI. Vers une bibliographie de Robert MISRAHI, présentée globalement, puis thématiquement. Introduction à la philosophie de Robert MISRAHI. (Phénoménologie eudémoniste). Découvrez des textes inédits de Robert MISRAHI. (Cours, conférences, textes divers).

Ecrits INEDITS sur 
LEIBNIZ (1646-1716) sacrifie le sujet pour sauver Dieu.

1) La résurgence de l´âme: la théorie de la monade.

2) Les difficultés de la monadologie: "optimisme" mystique et solipsisme.

BIBLIOGRAPHIE.

TEXTE

1) La résurgence de l´âme: la théorie de la monade.

Ce n´est certes pas pour résoudre les difficultés du spinozisme que Leibniz élabore sa pensée tout au long de sa vie et construit son œuvre. Il n´en reste pas moins que le philosophe allemand, né à Leipzig, développe un système spiritualiste qui s´achève en théodicée, c´est-à-dire en un éloge métaphysique de la religion chrétienne. N´ayant pas réussi à unifier les Églises catholiques et protestantes, il reste un théologien chrétien qui voit dans le spinozisme l´athéisme et la subversion qui montent en Europe et menacent les anciennes structures idéologiques.

Parce que, en 1676 à La Haye, Leibniz rencontra longuement Spinoza qui lui expliqua quelques éléments métaphysiques de l´Ethique (qui n´allait paraître qu´à titre posthume, en 1677), on peut dire que l´influence du philosophe de La Haye fut à la fois profonde et antithétique : on a pu dire, en raison de nombreux points de similitude et des oppositions radicales, que la philosophie de Leibniz est un «spinozisme retourné.»

C´est donc en 1714 que paraît la Monadologie, petit ouvrage dédié au Prince Eugène de Savoie et destiné à l´entourage du duc d´Orléans. Auparavant, la pensée de Leibniz s´était exprimée dans une énorme quantité d´opuscules, de lettres, de fragments divers couvrant les domaines de la théologie, de la métaphysique, de la philosophie du droit, des mathématiques, de la logique, de la linguistique, de l´histoire, de l´alchimie, de la chimie et de la physique. Son activité d´écrivain, de diplomate et de voyageur fut immense. Mais c´est dans la Monadologie parue deux ans avant une mort solitaire (1716) que Leibniz synthétise le plus clairement sa pensée et construit le système bien structuré de ce qu´il entend par «substance.»

Le projet métaphysique d´opposer aussi bien à Descartes qu´à Spinoza sa propre théorie de la substance va conduire Leibniz à décrire en fait l´idée d´individu, et à proposer l´analyse la plus riche lorsque l´individu dont il s´agit est l´âme humaine.

 

Tout d´abord, Leibniz s´oppose au dualisme cartésien de la substance pensante et de la substance étendue. Souhaitant intégrer les progrès récents de la physique et des mathématiques (on sait que Leibniz invente le calcul infinitésimal en même temps que Newton), Leibniz définit la matière non plus par l´étendue (et donc le mouvement) mais par la force. Celle-ci est l´ensemble des mouvements infinitésimaux qui produisent l´état futur du corps. Et les corps, comme systèmes de forces sont des systèmes de relations dynamiques (à la fois force et situation) et non plus des agrégats d´atomes discontinus. Ainsi la matière est continue, unifiée et dynamique à un tel point que, en fait, elle est une apparence phénoménale et non une réalité en soi. Pour Leibniz, un corps matériel n´est que l´état présent d´un esprit sans mémoire ou, plus généralement exprimé, un «phénomène bien fondé.»

C´est parce que «la nature ne fait pas de saut» qu´il en est ainsi. C´est le principe de continuité qui permet de comprendre qu´entre les esprits et les corps s´instaure une progression insensible et, en effet, «continue» : nous comprenons alors que le monde est constitué par une seule substance, d´essence spirituelle et dynamique, et non de deux substances comme chez Descartes.

Mais cette substance unique ne devrait pas ressembler à la Substance spinoziste : elle n´est pas la Nature appelée Dieu, elle est l´ensemble des substances individuelles que Leibniz appelle : «monades.»

Nous approchons du sujet humain c´est-à-dire, pour Leibniz, de l´âme. Mais nous n´y sommes pas encore.

Si les monades constituent le tout de la réalité, elles se présentent avec des degrés différents de conscience : l´univers entier est animé, le système est animiste, et se sont les monades spirituelles qui forment le fond de tout être. Mais dans les corps, les monades sont sans mémoire ni conscience ; dans les vivants, les monades sont de simples «entéléchies» ou effort vital sans réflexion. C´est seulement dans les âmes humaines que les monades manifestent leur pouvoir de conscience et de réflexion. Ainsi, les monades forment le fond universel de l´être, et celui-ci est donc homogène, unifié, et même harmonieux : il est tout spiritualité. Mais la densité interne des monades est variée : plus opaque dans la matière, elles sont sans conscience quoique bien existantes comme substances spirituelles ; plus tendues et même «inquiètes» dans l´âme humaine, elles sont capables de mémoire et de réflexion, elles deviennent alors des esprits.

Nous pouvons mieux comprendre maintenant ce qu´est une âme humaine.

Une âme est une monade supérieure. Elle est esprit, mémoire et conscience. Mais surtout, elle est un individu unifié et séparé du monde : la monade est l´unité spirituelle et individuée «sans porte ni fenêtre,» et ne pouvant ni agir sur le monde extérieur, ni recevoir une action de ce monde.

La thèse la plus intéressante de Leibniz n´est pourtant pas cette affirmation d´une âme spirituelle et substantielle et individuelle, coupée de toute relation avec le monde extérieur. Elle est bien plutôt constituée par la définition de cette individualité spirituelle : l´individu, pour Leibniz, est un «point de vue».

Il faut prendre cette expression à la lettre. De même (dit Leibniz) qu´une ville est une et que les points de vue qu´on peut prendre sur elle selon les lieux où l´on se trouve sont différents, de même le monde total est un, et les monades humaines sont les différents points de vue possibles sur ce monde. Les âmes n´ont donc pas besoin de communiquer pour être en accord : elles expriment, chacune de son point de vue, un même univers, et s´intègrent donc en fait à une harmonie globale. Certes, cette harmonie est voulue par Dieu (poursuit Leibniz), et Dieu ne saurait être identifié, comme on pourrait le croire, à la totalité de ces monades et de ces points de vue : l´affirmer ce serait du spinozisme, si dangereux à l´orée de ce XVIIIè siècle en crise.

Quoi qu´il en soit, l´âme, en tant qu´elle est une monade, est un individu. Là s´exprime une des idées les plus importantes de Leibniz : dans la nature, il n´existe pas une famille d´arbres semblable à une autre, et l´analyse des composants de chaque individu pourrait être poursuivie à l´infini en vertu de la continuité infiniment divisible du réel, sans qu´on rencontre jamais deux individus semblables.

Ce même principe de continuité va d´ailleurs permettre d´approfondir la connaissance de la monade, c´est-à-dire ici, de l´âme humaine. En effet, non seulement celle-ci est un individu unique, qualifié par l´unicité close du point de vue perspectiviste qu´il a sur le monde, mais en outre cet individu, en son for intérieur, a des perceptions dont il n´est pas conscient : dans la monade existe toujours des «petites perceptions» dont la monade (c´est-à-dire l´âme) n´est pas consciente. De même que, selon Leibniz, nous n´entendons pas, au bord de la mer, le bruit de chacune des vagues mais seulement le bruit d´ensemble, de même nous ne percevons pas en nous de très nombreuses perceptions qui existent en réalité mais sont en fait trop fines pour être effectivement perçues.

Ainsi, comme le dit Leibniz, «la monade est une concentration de l´univers» et «chaque esprit est une imitation de la divinité.» Dieu est transcendant à l´ensemble des monades et, en lui, «l´univers se trouve non seulement concentré mais encore exprimé parfaitement [tandis que] en chaque monade créée, il y a seulement une partie [de cet univers] exprimé distinctement [et] qui est plus ou moins grande selon que l´âme est plus ou moins excellente, et tout le reste qui est infini n´y est exprimé que confusément.»

La perspective de Leibniz sur l´âme est donc essentiellement religieuse. Ce n´est pas pour construire une théorie de l´inconscient que Leibniz formule la thèse des «petites perceptions», c´est pour prendre en compte ce fait paradoxal : l´âme individuelle exprime le tout de l´univers et elle n´est pas Dieu. Seul Dieu exprime clairement cet univers en sa totalité, l´âme ne l´exprime clairement qu´en partie, et ce sont ses perceptions confuses qui font en somme l´humanité et la finitude de cette âme qui est une monade.

 

C´est cette inconscience d´elle-même qui, curieusement, permettra de rendre compte de la liberté.

En effet, elle sera consciente de ses décisions en tant qu´elles sont libres, mais elle ne sera pas consciente de la loi d´ensemble qui préside à son action et à sa vie.

Leibniz affirme donc simultanément un déterminisme de la totalité de l´univers en même temps qu´une liberté pour chacune des monades qui sont les âmes. Pour lui, en effet, la vision religieuse est primordiale et il affirme partout le caractère transcendant de Dieu et son pouvoir créateur absolu. C´est lui qui, ainsi, crée originellement l´essence entière de chaque monade, c´est-à-dire la totalité de ses futures actions. En associant un point de vue logique et un point de vue théologique, Leibniz affirme que l´action développée d´une monade est déjà contenu tout entière dans son essence originelle, d´une façon enveloppée et ramassée, selon le même principe logique qui fait que «tous les prédicats sont contenus dans le sujet.» Dieu crée donc, par exemple, toute l´essence d´Adam, et par conséquent toutes ses futures actions, au moment même où il crée Adam. C´est pour cette raison logico-théologique que Dieu, à la fois tout-puissant et omniscient, peut prévoir les actions de chaque monade.

Mais, selon Leibniz, cette vérité métaphysique n´empêche pas la liberté de la monade : Dieu prévoit en effet les actions en tant qu´il les a lui-même prévues et créées comme actions libres. C´est pourquoi, à la suite d´Adam, tous les hommes sont nécessairement pécheurs, et pourtant ils pèchent librement. Leurs passions sont à la fois le résultat d´une nécessité divine, et l´expression d´une connaissance obscure qui n´a pas encore su définir et vouloir le bien.

Le mal n´est d´ailleurs pour Leibniz qu´une affaire de perspectives : qu´il s´agisse du mal métaphysique (la finitude de la monade), du mal moral (le péché et les passions) ou du mal physique (la douleur), le mal est toujours un élément négatif s´il est perçu et pensé isolément, mais élément positif s´il est intégré à l´ensemble de l´univers. Par rapport au tout, le mal est intelligible, et finalement bénéfique puisqu´il rend possible l´existence et l´harmonie du tout.

On le voit, la psychologie de Leibniz ainsi que sa logique et son ontologie se fondent sur un «optimisme» métaphysique. Plus précisément, c´est une sorte de «mécanisme métaphysique» qui est chargé de rendre compte de l´harmonie et de la perfection du monde : Dieu crée d´abord toutes les essences possibles et logiquement cohérentes, et ensuite il crée et fait passer à l´existence toutes les essences «compossibles,» c´est-à-dire compatibles et cohérentes entre elles. Le résultat d´ensemble est l´univers constitué par l´infinité des monades compatibles : dans cet univers est réalisé le maximum de bien compatible avec le minimum de mal. Une plus grande quantité aurait accru le mal, mais une plus petite quantité de mal aurait diminué le bien. C´est pour cette raison logico-métaphysique que, réflexion faite, «tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.» Dieu a en effet choisi le meilleur des mondes, compte tenu de la nécessité logique de respecter les lois de compossibilité.

A partir de là, les vertus chrétiennes d´humilité, de charité et de consentement à l´ordre divin, vertus qui permettent seules d´accéder au salut de l´âme, sont pleinement justifiées. C´est en se fondant sur cette métaphysique que Leibniz peut, en même temps que la Monadologie, écrire en 1714 : les Principes de la nature et de la grâce fondés en raison.

2) Les difficultés de la monadologie: "optimisme" mystique et solipsisme.

L´optimisme ne serait pas en lui-même une faute logique s´il se bornait à mettre en évidence un pouvoir de reconstruction du monde qui aurait été constaté ou démontré en l´homme. Mais ce n´est pas là le sens de l´optimisme leibnizien : celui-ci postule au contraire ce qu´il faudrait démontrer, à savoir l´existence d´un Dieu soumis à une définition antérieure du bien, et désireux de structurer sa création selon ce bien. Le cercle logique consiste à affirmer en Dieu lui-même ce qu´on souhaite voir découler de son action dans le monde.

En outre, la définition de Dieu est contradictoire puisqu´on affirme sa toute-puissance en même temps qu´on le soumet aux exigences logiques de la cohérence et de la compossibilité des essences, comme on l´a soumis à la définition et à l´exigence du bien. Et ce ne sont pas là les contradictions les plus graves qui minent ce Dieu de l´intérieur : on ne comprend pas en effet comment il peut être transcendant au monde des monades en étant lui-même une monade. Leibniz répugne à reconnaître l´identité de Dieu et du monde, identité qui découle pourtant de la définition de Dieu comme ensemble de tous les points de vue sur le monde, et de la définition d´une monade comme point de vue particulier : un tel aveu équivaudrait à rallier le spinozisme, cette doctrine athée qui annonce la Révolution dans les esprits et dans les institutions. (Il y a là, chez Leibniz, comme une dénégation d´un spinozisme latent, dénégation qu´on trouve également chez Malbranche : cf., Dortous de Mairan, Lettres à Malbranche).

C´est pourtant sur ce postulat d´un Dieu «mécanicien», mathématicien («Dieu calcule et le monde surgit») et en même temps providentiel, libre et bon, qu´on veut reposer les deux piliers de la théorie de l´âme, ou monade : la correspondance des monades entre elles, et la liberté de chacune d´elle.

Parce que chaque monade est close sur elle-même, Leibniz doit faire intervenir son Dieu pour expliquer l´action réciproque des monades les unes sur les autres ou leurs échanges avec le monde. La solitude close ayant été affirmée pour chaque âme, on ne comprend pas comment un langage et une parole sont possibles entre les êtres, ni comment chaque être peut percevoir ce qu´il n´est pas, c´est-à-dire le monde et les autres. La solution leibnizienne est trompeuse : en affirmant une «harmonie préétablie» par Dieu entre les pôles d´une conversation ou d´un échange entre la monade et le non-moi, Leibniz se borne à proposer une métaphore, celle de deux horloges sans action réciproque, mais accordées à l´avance sur l´heure par un agent extérieur. Dieu n´est qu´un horloger qui accorde ses pendules. Mais la difficulté n´est pas levée par cette métaphore : comment une monade close sur elle-même (l´âme de Leibniz, ou son texte philosophique) peut-elle sortir d´elle-même pour affirmer et connaître l´existence d´un Dieu qu´elle n´est pas, l´existence d´une autre monade qu´elle n´est pas, et l´existence d´une correspondance entre elle-même et ces mondes extérieurs ? En vérité, si l´âme est solitaire et fermée sur elle-même d´une manière substantielle, il n´existe aucun moyen de comprendre les relations de cette âme avec les autres âmes ou avec le monde, ou avec Dieu. Le solipsisme est une impossibilité parce qu´il est une doctrine qui s´adresse à d´autres consciences que celle de son auteur et qui affirme en même temps qu´il n´est pas possible, pour une conscience, de sortir d´elle-même. La solution apportée par l´affirmation d´un Dieu transcendant, chef d´orchestre ou maître horloger, est si contradictoire qu´elle apparaît vite comme un vœux pieux, c´est-à-dire une fausse fenêtre.

La théorie de la liberté de la monade ne nous semble pas plus satisfaisante : comment peuvent en effet s´accorder les deux affirmations selon lesquelles, d´une part, l´âme dispose d´un libre arbitre et, d´autre part, son essence active est de tout temps créée et prévue par Dieu ? Comment Dieu peut-il prévoir une action si celle-ci est réellement libre ? Comment une action serait-elle libre si elle est prévisible par Dieu et donc nécessaire ?

Une liberté si déterminée ne permet de comprendre l´action de l´âme que par le recours, appuyé sur la foi, à un Dieu aussi logicien que tout-puissant. Mais si la «liberté» est ainsi justifiée, l´action concrète n´en est pas claire pour autant. Les motifs de l´action restent obscurs dès lors que, dans la monade, l´appétit n´est pas défini autrement que comme une force, c´est-à-dire une série de mouvements infinitésimaux. La description de l´âme reste intellectualiste. Les sensations et les passions ne sont d´ailleurs que des idées confuses dont on ne sait pas trop bien d´où elles proviennent, ni en quoi consiste leur rapport avec le corps ou avec le péché.

L´action de la monade, c´est-à-dire de l´âme humaine reste d´autant plus mystérieuse que le rapport entre les actions de l´âme dans le monde et ses propres perceptions non perçues (les «petites perceptions») n´est pas élucidé. On ne sait pas si ces perceptions non perçues sont aussi des motifs de l´action, ni si ces perceptions non conscientes font partie de l´essence de la monade. Si c´est le cas, on ne comprend pas comment la monade peut être tenue pour responsable de ses actes et par conséquent apte à recevoir châtiments et récompenses.

En fin de compte, c´est toute la pieuse morale chrétienne de Leibniz qu´on ne comprend pas : comment un péché est-il possible dans un système métaphysique déterministe ? Et comment une sanction ou un salut seraient-ils possibles dans un système où toutes les actions sont la conséquence logique et nécessaire de l´essence même de chaque âme ? Et comment, enfin, l´âme peut-elle désirer le bien si elle est close sur elle-même et si le bien est la totalité où s´équilibre, par un mécanisme et selon une formule qui échappe à la volonté humaine, la quantité de bien et la quantité de mal ?

 

Pour conclure, nous dirons que le lecteur risque bien d´avoir le sentiment de reconnaître ici des thèmes philosophiques qui furent ceux de la Renaissance en tant qu´elle était encore le Moyen Age : l´âme, chez Leibniz, est en somme le reflet de l´univers entier, comme l´âme, à la Renaissance, était le miroir du monde, le microcosme exprimant le macrocosme. Leibniz ajoute simplement l´idée de point de vue à cette idée de miroir : mais n´est-ce pas à la renaissance qu´on invente la perspective ? Ce que, en revanche, Leibniz reprend entièrement à son compte, c´est la perspective métaphysique du christianisme dans laquelle l´âme humaine n´est que l´imitation de Dieu et n´a pas d´autre fin que la réalisation de son salut par la foi chrétienne, qu´elle soit protestante ou catholique. Certes, Leibniz ajoute à cela une «théodicée,» c´est-à-dire une justification de Dieu, une démonstration de la «justice» de Dieu malgré le problème du mal : mais comment une monade finie peut-elle connaître et justifier la totalité, c´est-à-dire les œuvres de Dieu ? Le principe même qui devrait permettre de rendre compte de l´excellence et de l´harmonie d´un monde qui est le meilleur entre toutes les combinaisons possibles, se retourne contre la thèse elle-même : en effet, comment une monade finie, perspectiviste, close et en grande partie inconsciente d´elle-même, pourrait-elle imaginer et embrasser la totalité des combinaisons possibles entre le bien et le mal, et décréter, à partir de son point de vue, qu´en effet Dieu a choisi la meilleur des combinaisons possibles ?

Devant de telles difficultés, et une telle emprise de la foi sur la réflexion, nous devons nous rendre à l´évidence : Leibniz n´est pas le philosophe qui apparaît à l´aube de XVIIIè siècle, mais bien plutôt le dernier philosophe spiritualiste d´une Renaissance encore chrétienne. Deux faits renforcent cette hypothèse : l´ensemble de la doctrine est un animisme qui souhaite insister sur l´existence des âmes au fond de toute réalité, et l´auteur de cette doctrine appartenait à la confrérie secrète et mystique des Rose-Croix.

BIBLIOGRAPHIE.

LEIBNIZ
-Principes de la Nature et de la Grâce.
-La Monadologie, présentée par André Robinet, Paris, P.U.F., 1954.
-Œuvres choisies, présentée par Prenant, Paris, Aubier-Montaigne, 1972.
-Discours de Métaphysique, commentaires de Pierre Burgelin, Paris, P.U.F., 1959.
-Essai de théodicée sur la bonté de Dieu, la liberté de l´homme et l´origine du mal.

BELAVAL Y.
Études leibniziennes, Paris, Gallimard, 1976.

BOUVERESSE R.
Leibniz, P.U.F., Que sais-je?, 1954.

FRIEDMANN G.
Leibniz et Spinoza, Paris, Gallimard, 1946 (1962 ?).

GUITTON J.
Pascal et Leibniz, Paris, Aubier, 1953.

HALBWACHS M.
Leibniz, éd. Mellotée, 1950.


Retournez en haut de la page. En TRAVAUX Site en travaux, n´hésitez pas à nous faire part de vos suggestions. Dernière mise à jour le 31 décembre 2001. Pour vous rendre à la page des ´principes du site´, où est -entre autres- présentée la charte graphique.