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Ecrits INEDITS sur 
 De la tolérance à l'empirisme sensualiste, John LOCKE (1637-1704).

1) La séparation de l'Etat et de l'Eglise.

2) Une théorie du sujet motivé par la tolérance, et qui la fonde.
2.1) La sensation.
2.2) La connaissance.

3) Le rôle ambiguë de la réflexion.

TEXTE
 [les titres et les commentaires entre crochets sont de nous, non de l'auteur]

Retournez en haut de la page.Pour rejoindre le bas de page.1) La séparation de l'Etat et de l'Eglise.

On imagine souvent John Locke comme le simple précurseur de Hume et, à ce titre, on l´associe au XVIIIè siècle. En réalité, le philosophe anglais annonce bien le siècle des Lumières, mais en temps qu´il est l´un des meilleurs représentants de la liberté d´esprit au XVIIè siècle.

Proche du savant «atomiste» Boyle, Leibniz connut par lui la pensée matérialiste et sensualiste de Gassendi, le philosophe français (1592-1655). Celui-ce fréquentait les cercles «libertins» et publia en 1647 un ouvrage sur La vie et la mort d´Épicure. Mais Locke, qui dut s´exiler en Hollande entre 1684 et 1688, fréquenta lui-même les sectes protestantes anti-calvinistes à Amsterdam, ainsi que Limborch, qui avait connu Spinoza. Et surtout, Locke possédait les Opera posthuma de Spinoza publiées en 1677.

C´est à partir de la prolifération des sectes protestantes en Angleterre que Locke élabore dès 1660 ses idées sur la tolérance, mais c´est en 1689, à son retours en Angleterre qu´il publie la Lettre sur la tolérance.

Ce texte nous intéresse ici par ces implications doctrinales concernant la nature de l´esprit humain. Afin de sauvegarder la liberté de croyance, et d´établir la distinction nécessaire entre d´une part le pouvoir civil (concerné par les seules affaires temporelles et les seuls objets «indifférents» du point de vue religieux) et d´autre part le pouvoir des Églises (concernées par le seul salut de l´âme), Locke est amené à se représenter l´esprit humain d´une façon critique et ouverte.

Pour Locke les limites de notre pouvoir de connaître sont telles, qu´elles nous interdisent de nous prononcer avec certitude sur les questions métaphysiques et religieuses. Elles interdisent par conséquent de conférer à un pouvoir religieux l´autorité absolue sur les consciences et les individus. Ceux-ci, par leur réflexion et leur raison, c´est-à-dire par leur liberté, sont seuls juges de leur propre foi et de leurs propres croyances.

Retournez en haut de la page.Pour rejoindre le bas de page.2) Une théorie du sujet motivé par la tolérance, et qui la fonde.

C´est donc une théorie du sujet et de la connaissance qui fonde la revendication de la tolérance ; inversement, c´est cette revendication qui motive l´élaboration de cette théorie. De même, chez Spinoza, c´est la recherche du bonheur et de la liberté véritable qui motivait l´élaboration d´une doctrine de la Nature une qui puisse rendre possible l´émergence d´une éthique de «l´homme libre» (le dernier chapitre du Traité Théologico-politique s´intitule : «Dans une libre république, chacun a toute latitude de penser et de s´exprimer»).

C´est ainsi que le véritable fondement de la lettre sur l´intolérance est l´ouvrage que Locke publia l´année suivante, en 1690 : Essai sur l´entendement humain.

Retournez en haut de la page.Pour rejoindre le bas de page.2.1) La sensation.

Il s´agit d´une théorie de la connaissance, et plus précisément, d´une théorisation de l´empirisme. Selon Locke nous ne disposons pas d´idées innées (comme chez Descartes), idées qui nous permettraient de connaître l´essence des choses. Il n´existe que des substances et des modes : mais les substances (corps, ou esprit) ne peuvent être que posées d´une façon hypothétique par une activité de notre réflexion. Les seules données certaines proviennent des sensations : formes, couleurs, étendue, mouvement, etc. La connaissance est la composition de ces sensations par la réflexion qui saisit leur «convenance» ou leur «disconvenance,» et cela d´une façon intuitive et certaine. A partir de là peut se constituer la connaissance des «modes,» c´est-à-dire des domaines composés et complexes qui forment le champ de notre «expérience.» C´est ainsi que les connaissances morales et politiques, qui portent sur des actions, et par conséquent sur des associations évidentes ou des contradictions évidentes entre idées simples (sensations ), ces connaissances peuvent être certaines.

Retournez en haut de la page.Pour rejoindre le bas de page.2.2) La connaissance.

La connaissance métaphysique est donc incertaine, seule est certaine et valable la connaissance empirique, issue de l´expérience et des choses elles-mêmes. Cette connaissance empirique nous livre en même temps les structures de l´être humain, c´est-à-dire du sujet de la connaissance. Il existe trois sortes d´idées simples : les sensations, les réflexions et les relations entre ces idées. Les réflexions sont les idées que nous avons de notre propre activité intérieure : volonté, perception. Les sensations sont le résultat sur notre corps de l´action des choses extérieures. Et les relations sont la perception évidente de la convenance ou de la disconvenance qui existe entre des idées simples, notamment les sensations.

Ainsi, chez Locke, sont affirmées simultanément l´origine extérieure de la connaissance et l´intervention de la réflexion dans l´organisation des sensations. Locke affirme constamment le pouvoir de la raison, et sa capacité à connaître une «loi naturelle», source commune d´une croyance rationnelle en Dieu et dans le christianisme, et d´une conviction politique démocratique : le pacte social est d´abord l´association des individus décidant la constitution d´une société civile, et ensuite seulement la délégation de pouvoir au bénéfice de la majorité (à la différence de Hobbes, défenseur de la monarchie absolue).

Retournez en haut de la page.Pour rejoindre le bas de page.3) Le rôle ambiguë de la réflexion.

Ce sont précisément ces derniers éléments de la doctrine de Locke qui vont nous conduire à quelques remarques critiques. La conception d´un citoyen libre et raisonnable, participant activement à l´élaboration d´un pacte social et de la vie politique, implique chez ce citoyen une capacité d´action. Et Locke lui-même est amené à reconnaître dans l´individu une puissance active, à côté de la puissance passive. Mais c´est alors la nature de cette puissance active que l´on ne saisit pas clairement. La réflexion n´est pas suffisamment décrite en elle-même. Locke semble méconnaître l´importance de l´activité de l´esprit lorsqu´il réduit la connaissance à la mise en relation des sensations, mais en même temps il souligne lui-même l´incapacité des sensations à constituer une connaissance si elles ne sont pas reliées entre elles par une activité de la raison.

Cette ambiguïté de la doctrine de Locke est riche d´enseignements : le souci d´une connaissance qui soit limitée au seul domaine de la certitude, qui serait celui des sensations, n´empêche pas la nécessité de reconnaître dans l´esprit humain une activité spécifique qui est celle de la réflexion.

Mais Locke ne nous dit pas ce qu´est cette réflexion. Il se borne à postuler des convenances et des disconvenances entre sensations, et à revendiquer les droits et les pouvoirs de la raison.

Il ne nous dit pas non plus ce qu´est la vie concrète et effective de l´individu. Rien n´est dit sur le Désir. Tout se passe comme si, chez Locke, l´homme n´était qu´une synthèse de sensations réorganisées en vue de la vie civile : mais on ne comprend plus, dès lors, ce qui fait l´unité du corps comme système de sensations, et la motivation du citoyen qui se veut tolérant et démocrate. A l´évidence, il manque ici une théorie du sujet, et Locke est, sur ce point, en retrait par rapport à ses contemporains, Spinoza et Leibniz.


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