Ecrits INEDITS
Note
sur FICHTE
(1762-1814) et sur MAINE DE BIRAN (1766-1824)
1) Fichte: le conservateur
mystique.
2) Maine de Biran:
une annonce de la phénoménologie.
BIBLIOGRAPHIE.
DISSERTATIONS.
TEXTE
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1)
Fichte: le conservateur mystique.
L´héritier immédiat de Kant est, en Allemagne, Johann Gottlieb Fichte. Mais cette filiation n´est pas simple, puisque Kant s´est opposé au philosophe après l´avoir soutenu. Plus importante est la question de fond. La théorie de Fichte, exposée en un style volontairement obscur et complexe dans les Principes de la doctrine de la science (1794), a donné lieu à de tels malentendus de la part de Hegel et de Schelling que c´est seulement avec les travaux récents d´Alexis Philonenko qu´on est en mesure d´en saisir la signification authentique. En ce qui concerne la question du sujet, Fichte n´expose pas une théorie du Moi absolu (Je=Je) qui engloberait toute réalité possible en s´opposant d´abord à lui-même le Non-Moi. Loin d´être l´idéalisme absolu qu´on a dit, le système de Fichte opère plutôt la critique de ce Moi censé être absolu, et à propos duquel il ne prononce jamais l´expression d´intuition intellectuelle utilisée pour la conscience individuelle réelle. Bien au contraire, Moi absolu et Non-Moi absolu ne sont pour Fichte que des illusions transcendantales. Son œuvre ultérieur (destination de l´homme, 1800 ; Initiation à la vie bienheureuse, 1806 ; discours à la nation allemande, 1807) exprime des préoccupations morales, politiques et religieuses qui n´ont plus guère de rapport avec la critique de l´idéalisme du Moi absolu. Se défendant d´être athée (après la «querelle de l´athéisme» de 1799), Fichte développe une pensée liée à la croyance et au mysticisme, et une conviction politique fondée sur ce qu´il dit être la supériorité de la langue et de la pensée germanique.
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2)
Maine de Biran: une annonce de la phénoménologie.
Il est intéressant de noter que, en France, Maine de Biran, philosophe contemporain de Fichte, développe une doctrine du «sens intime.» Son œuvre principale, les Fondements de la psychologie, est certes inachevée, ainsi que d´autres œuvres ; son style est répétitif ; et ses seuls travaux réellement achevés sont divers mémoires pour des Académies, dont le Mémoire sur l´influence de l´habitude sur la faculté de penser (1803). Malgré ces lacunes et ces difficultés, on peut cependant apercevoir l´intérêt fondamental d´une œuvre longtemps méconnue.
Maine de Biran met en place toutes les questions relatives à la conscience de soi, et cela dans la perspective d´un futur ouvrage qui devait être une anthropologie.
On pourrait dire que Maine de Biran est un cartésien plus existentiel et plus concret que Descartes. Dans le prolongement d´une description de l´ego comme évidence immédiate et absolue du «sens intime,» il développe une critique de la conception cartésienne de l´âme. Contre le substantialisme de Descartes, il semble bien que Maine de Biran élabore les premiers matériaux d´une philosophe du moi qui serait une philosophie de l´existence.
Dans le sens intime, il y a lieu de déceler l´expérience de l´activité et de la passivité. Toute passivité se mue en habitude, et toute activité se mue en liberté. Et l´expérience fondamentale du sens intime est en effet l´expérience de l´effort et de la résistance. Le cogito est à la fois expérience de l´être avec soi-même (le compos sui, qui est la conscience) et expérience du corps comme effort actif et comme résistance des corps.
La présence du corps dans la conscience de soi ne constitue pas la doctrine de Maine de Biran comme un empirisme. Contemporain de Destutt de Tracy et des idéologues, et formé d´abord par eux, le philosophe s´en éloigne pour élaborer une doctrine originale de la réflexion. Il y insiste sur l´«indistance intérieure,» sur la proximité et l´unité immédiate de la conscience dans son rapport à elle-même. Il oppose l´expression «réflexion concentrée» à l´expression «réflexion spéculaire» pour relier celle-ci à la connaissance et à la métaphore optique, tandis qu´il préfère la première pour désigner l´intériorité sans distance de la conscience à elle-même, intériorité consciente qui serait mieux évoquée par la métaphore du tact et du toucher.
Ce que Maine de Biran annonce semble donc bien être la phénoménologie. Des philosophes comme Michel Henry ou Henri Gouhier ne s´y sont pas trompés. Selon Maine de Biran, le monde est pour la conscience, et celle-ce est évidence absolue, phénomène absolu pourrait-on dire.
On ne peut que déplorer l´inachèvement d´une telle philosophie de la conscience intime comme phénomène premier et comme effort d´être. Une telle esquisse apparaîtra d´autant plus comme un chaînon possible entre Descartes, Rousseau et Kierkegaard, que les derniers travaux de Maine de Biran expriment une préoccupation religieuse dont les résonances sont plus «existentielles» que «dogmatiques.»
FICHTE J.-G.
Œuvres choisies de philosophie première,
trad. A. Philonenko, Paris, 1964.
PHILONENKO A.
La liberté humaine dans la philosophie de Fichte,
2ème éd., 1980.
MAINE DE BIRAN
Essai sur les fondements de la psychologie,
in Œuvres de Maine de Biran, Paris, éd. Par Tisserand P.
HENRY
M.
Philosophie et phénoménologie du corps. Essai sur
l´ontologie biranienne, Paris, P.U.F., 1965.
GOUHIER H.
Maine de Biran par lui-même,
Paris,
Seuil, 1970.
ROMEYER-DHERBEY G.
Maine de Biran, penseur de l´immanence radicale,
Paris,
Seghers, 1974.
1) Peut-on réduire le monde à n´être que le rêve d´un Moi absolu ? Quelles seraient les implications et les conséquences d´une telle réduction ?
2) En quoi la notion de «sens intime» est-elle enrichie ou modifiée par l´idée de «l´effort» ?
3) Peut-on passer du «sens intime» à l´affirmation d´un absolu ?
En TRAVAUX
Dernière mise à jour le 31 décembre 2001.