Ethique
de la joie
INDEX DES
CONCEPTS
Acte - Action - Affect - Affectabilité - Amour - Anthropologie - Attitude - Autrui - Choix -Commencement - Communauté des chercheurs - Conscience - Conversion - Corps-sujet - Crise - Désir - Dieux - Essence - Ethique - Etre - Existence - Fonder - Histoire - Idéologie - Imagination - Individu - Institution - Intentionnalité - Joie - Liberté primaire - Liberté de second niveau - Opinion - Parole - Phénoménologie - Philosophie - Plénitude - Politique - Préférable - Raison - Réciprocité - Reconnaissance - Réflection - Réflectivité - Réflexivité - Réflexion - Surréflexion - Réversibilité - Science - Sens - Spirale - Sujet - Travail - Valeur - Vérité - Visage
Ces concepts sont illustrés par des extraits de l´œuvre de Robert MISRAHI. Il ne s´agit pas de définitions, mais d´un panel que nous trouvons intéressant de l´utilisation de ces concepts.
Pour rendre la présentation plus commode, des [crochet] indique les parties du discours non reproduites dans leur intégralité. Dans le texte, les concepts bénéficiant d´une entrée dans l´index renvoient par lien hypertexte vers cette entrée.
Seule une lecture des passages cités, en situation, permettrait un commentaire de ces concepts que cet index se contente de présenter, parfois même d´évoquer, ne pouvant suivre le fil des démonstrations qui est le livre lui-même.
Sauf indication contraire, les extraits proviennent de La jouissance d´être, le sujet et son désir. Essai d´anthropologie philosophique, encre marine, 1996. Les pages des extraits sont précédées de l´indication de la partie auxquelles elles renvoient :
«Intro.» pour l´«Introduction
méthodologique pour une phénoménologie intégrale,»
«Livre I» pour le «Livre
I, anthropologie primaire, Le sujet comme désir et comme réflexivité,»
et «Livre II» pour le
«Livre II, Anthropologie seconde et philosophie éthique, le Désir-sujet
comme existence et comme réflexion.»
La conférence "Une phénoménologie existentielle réflexive éthique" (mars-avril 1990), explication par l'auteur de sa méthode, est une autre source d'éclaircissements, riche en mises au points sur divers auteurs. En cliquant sur la référence (Conférence de 1990), vous accédez au passage cité, dans son contexte.
On se reportera à Qu´est-ce que l´éthique, Armand Collin, 1997, qui donne des définitions synthétiques des concepts de philosophie éthique.
Le Bonheur, essai sur la joie, Hatier, 1994, donne une synthèse exemplaire de la circulation de concepts en spirale, notamment entre les deux niveaux du désir, de la liberté et de la conscience.
[La] compréhension réflexive serait elle-même impossible si elle n´était pas la compréhension d´un acte, c´est-à-dire d´une création qui comprend son objet parce qu´elle l´a elle-même créé et parce qu´il est constitué de la même «substance» que lui. («Intro.», page 35).
[L´affect] n´a pu «surgir» qu´en raison de l´acte affectif qu´auparavant j´avais déployé à travers le temps, et qui maintenant cristallise dans l´épreuve présente. L´affect et le sentiment sont ainsi la même réalité selon des modalités temporelles différentes. Et, de même que mon [sentiment d´]amitié était un acte (comme réflexivité intentionnelle qualitative), de même [mon affect de] tristesse est un acte (comme symbolisation négative de la perte de l´ami décédé, et comme rappel symbolique et positif du contenu entier de cette amitié). («Livre I», page 88).
[La "censure"] est un acte répressif qui est un acte sélectif, [donc l´acte d´une conscience]. («Livre II», Page 281).
Il n´est pas exact [de dire, comme Sartre,] que mes fins me révèlent mes choix antérieurs. Bien au contraire, la réflexion et l´acte sont contemporains. («Livre II», Page 293).
Le réel, que le discours vrai a pour tâche de restituer réflexivement est une uvre en acte. C´est donc la saisie de cet acte (constitué par tous les actes singuliers des sujets) qui est la tâche de la connaissance. («Livre II», Page 387).
Nous désignerons par action le déploiement de la relation spéculaire réversible en tant qu´elle désire instaurer un nouvel état de chose, c´est-à-dire une situation qui soit à la fois neuve, réelle et objective et qui, de ce fait, concerne réellement les consciences désirantes, à la fois dans leur existence respective et dans leur relation, c´est-à-dire leur existence commune. («Livre I», page 172).
[Dans] l´ordre de l´action, c´est-à-dire dans l´ordre du Désir, aucune interprétation, aucune lecture ou donation de sens, ne saurait s´imposer avec nécessité contre toutes les autres interprétations possibles. («Livre I», page 117).
[C´est en tant] que l´action politique est une action du sujet qui met en uvre une modalité de la réflexion, que cette action nous intéresse ici. («Livre II», Page 293).
L´affect est pour nous la qualité substantielle et active que revêt pour elle-même la conscience lorsqu´elle entre avec autrui dans une relation qui est toujours nécessairement une relation réversible et mutuelle de double réflexivité spéculaire. («Livre I», page 159).
Il faut étendre le champ du mot attitude, le mot attitude s'applique à toutes les formes de la conscience, à tous ces vécus, à tout ce qu'on pourrait appeler les affects. Les affects sont des attitudes. (Conférence de 1990).
La haine ou le conflit, la jalousie ou la compétition, mais aussi bien l´angoisse ou la peur, l´identification ou la méconnaissance, sont des affects, non pas en tant qu´ils seraient des données passives ou des impressions hétérogènes, mais en tant qu´ils sont des actes qualitatifs d´un Désir que nous avons pu élucider comme activité constituante et réfléchissante. («Livre I», page 160).
Le Désir transmuté continue de désirer le monde et la joie en pleine conscience, mais il le désire autrement. Cette nouvelle modalité du Désir est un renversement de la notion d´affect. [...] Ce mouvement de renversement méritera le nom de transmutation lorsque cette opération est sélective et réfléchie. («Livre II», Page 419).
La première réalité est le pur fait du Désir : l´affectabilité est une donnée de fait originelle, antérieure à toute la vie affective de l´individu et constitutive de son être, sans que jamais sa volonté ni sa réflexion ne soient intervenues dans cette constitution. («Livre I», page 79).
Cette possibilité essentielle que possède la conscience de se saisir comme désir qualitatif et de ressentir intuitivement une qualification qui est à la fois intuition, mouvement et sens, nous la désignerons comme affectabilité.
Elle n´est pas un autre nom de la passivité [ou de la «réceptivité» kantienne]. Car l´affectabilité est une mutation active de la conscience par laquelle elle se rend disponible pour susciter en elle le sentiment qualifié de soi et du monde en même temps que le mouvement d´appréhension de ce monde.
[L´affectabilité] désigne le pouvoir constituant de la réflexivité désirante. («Livre I», page 77).
[Si] l´amour est pris au sérieux et perçu dans la plénitude de son sens, [il] ouvre à lui seul un monde qui peut être la réalisation même du préférable. («Livre I», page 179).
[Le] Désir ne doit plus être considéré comme relevant de la seule connaissance dite anthropologique, c´est-à-dire réaliste, objectiviste et parfois même déterministe, mais d´une connaissance neuve qui soit à la fois philosophique par sa référence à la méthode réflexive et «anthropologique» par sa référence à l´essentialité de la condition humaine. [...] Il conviendra [...] de parler d´une anthropologie philosophique. («Intro.», page 25).
[L´anthropologie seconde décrit] non plus le régime empirique de l´existence, mais l´existence réflexive elle-même, c´est-à-dire le sujet proprement dit. («Livre I», page 238).
L´anthropologie, fût-elle phénoménologique, reste générale par vocation et structurelle (non pas structuraliste) ou formelle par méthode. («Livre II», Page 391).
Par exemple, on ne vit pas l'espace de la même façon quand il est obscur ou éclairé. Et un espace obscur dans tels ou tels lieux, de la nature ou de la ville est vécu différemment. Le but ici n'est pas de faire une description plus approfondie de la perception; on pourrait se fixer ce but. Mais l'intérêt est surtout de montrer que le premier moment de la conscience est un état qualitatif; et que cet état qualitatif n'est pas véritablement un état passif. C'est justement une attitude. (Conférence de 1990).
Il faut donner à "attitude", non pas le sens d'une attitude spectaculaire et artificielle, mais le sens d'une mise en acte créatrice: l'individu se fait ceci ou cela. (Conférence de 1990).
Ainsi la vie affective se déploie comme sentiment (ou «passion») temporel continu, et comme affects ponctuels conditionnés par ce sentiment. [Or,] le sentiment et l´affect sont des attitudes. [...]
Le terme d´attitude voudrait exprimer [l´]auto-constitution de l´intentionnalité affective. («Livre I», page 85).
Mon désir [devient] choix sélectif, non pas seulement d´un objet parmi d´autres, mais d´une attitude désirante. . («Livre I», page 78).
Autrui, ou l´autre, est cette conscience intérieure à elle-même, mais extérieure à moi, et qui se saisit à l´évidence elle-même comme je me saisis moi-même, mais que je ne puis saisir comme elle le fait elle-même. («Livre I», page 147).
L´autre est pour chaque conscience le seul désirable qui soit en mesure de devenir désirable absolu [...]. («Livre I», page 166).
Comme autre, l´individu apparaît d´abord comme visage.
[Je] saisis l´autre avec évidence comme étant immédiatement pour moi à la fois un corps-sujet (saisi par sa face extérieure et signifiante comme «geste», «style», et «unité») et une conscience saisie intérieurement par elle-même et perçue de l´extérieur par moi-même. («Livre I», page 61).
La perception d´autrui est une réflexivité spéculaire d´un degré de réflexion supérieur à la simple conscience de soi, ou réflexivité simple. («Livre I», page 149).
Percevoir autrui c´est non seulement le percevoir me percevant (grâce à l´inversion de mon intentionnalité); mais encore le percevoir se percevant: à l´évidence, l´autre est conscient de lui-même dans une duplication semblable à celle qui caractérise aussi ma propre réflexivité. («Livre I», page 153).
[L´autre] est pour moi duplication et réfléchissement réitérés, mais en tant que je sais en même temps qu´il est pour lui-même duplication et réfléchissement originel. («Livre I», page 154).
[Le] pouvoir de libre constitution du Désir réside dans sa structure réflexive, tandis que la motivation de la détermination concrète de ce pouvoir réside dans la relation à l´autre. («Livre I», page 164).
La volonté de puissance elle-même n´est qu´une justification mauvaise de la haine éprouvée à l´égard d´autrui lorsque sa spécificité ou son indépendance sont vécues par le sujet empirique et angoissé comme des contestations et des négations de sa propre réalité insuffisante et insignifiante.
[La violence] contre soi, au cœur de la haine des autres, devient le remords ou la culpabilité. («Livre I», page 216).
[Les] sujets réfléchis sont en mesure d´opérer ensemble une conversion nouvelle, qui est la conversion respective de chacun à l´autre et, par conséquent, la conversion commune à la réciprocité. Nous appelons cet acte la conversion réciproque. («Livre II», Page 438).
Désirer, c´est en effet commencer de désirer, puis désirer désirer, et se réjouir de désirer. («Livre I», page 125).
[Dans l´opération "libératrice" il s´agit], pour l´existence empirique, de s´instaurer elle-même comme existence adéquate à son Désir, et cela par la voie réflexive. («Livre II», Page 250).
Tous les mythes sont en réalité des mythes d´origine. («Livre II», Page 257).
La voie mythologique de l´instauration est, quant à elle, imaginaire et symbolique par essence. («Livre II», Page 259).
Nous ne sommes donc en présence que d´une quasi-réflexion. («Livre II», Page 261).
Il apparaîtra en effet que le sujet, en déployant des contenus, ou essentiels ou contingents, déploie en même temps ce que nous appellerons d´abord, pour simplifier, des choix. ( «Intro», page 40).
C´est parce qu´elles sont singulières et contingentes que les formes grecques ou indiennes de la beauté sont des valeurs: elles sont des valeurs parce qu´elles sont des choix, et ces choix sont des actes parce qu´ils ajoutent à la réalité des dimensions de sens qu´elle ne comporte pas elle-même. («Livre I», page 103).
Désirer c´est préférer, et donc choisir. («Livre I», page 118).
[On n´affirme pas que le philosophe] doit tout faire et tout savoir, on ne se réfère pas à l´œuvre singulière d´un philosophe dont la tâche [...] dépasserait évidemment sa puissance de travail et de compréhension. [...] «L´économiste» n´est pas un «moraliste», mais en décrivant l´activité marchande il doit élucider le fait [...] que l´activité marchande est exercée par un sujet humain, être de désir et source de sens. («Intro.», page 29).
La phénoménologie se donne son propre fondement en s'appuyant sur l'homogénéité de la réflexivité et de la réflexion. Elle est vraiment faite en première personne. Elle se soumet au critère de l'évidence, par et pour le sujet qui décrit, mais de l'évidence partagée aussi, par quelqu'un qui lit les description. (Conférence de 1990).
Si les vérité établies par la phénoménologie visent à être vérifiables par tout chercheur, c´est qu´elle affirme implicitement, comme toute science, que tout le monde du réel est rationalisable. («Intro.», page 30).
La communication réflexive avec le lecteur, lui aussi phénoménologue, peut ainsi être directe, tout en comportant une connaissance indirecte de la réflexivité (ou vie affective spontanée). [...] Le lecteur peut alors vérifier, par sa propre existence spontanée, reprise dans sa propre réflexion, la validité des descriptions réflexives présentées dans le discours phénoménologique sur la réflexivité immédiate. («Livre I», page 93).
Le surgissement de la raison est donc l´invention de la raison («Livre II», Page 334), [motivé] par cette exigence première et fondatrice: l´établissement d´une nouvelle modalité de la relation à autrui qui permette une communication à la fois véritable et permanente. («Livre II», Page 335).
[Par] notre réflexion (qui pourrait être celle de tout autre sujet, et qui serait valable au même titre que la nôtre, sans être nécessairement inspirés de Kant, de Hegel ou de Husserl), nous nous proposons de fonder la raison, comme forme de la réflexion. («Livre II», Page 331).
On reconnaît ici l´une des tâches de la surréflexion: le sujet s´y constitue lui-même par l´écriture réflexive et il adresse cette écriture à la conscience créatrice de l´autre en tant que lecteur. («Livre II», Page 437).
Le redoublement réflexif est donc [dans l´engagement politique] un acte pratique. («Livre II», Page 293).
Mais ce travail réflexif n´est pas encore une connaissance, c´est -à-dire la constitution d´un système rationnel par la double médiation de la lecture et de l´écriture, et sous le regard du contrôle critique. («Livre II», Page 294).
La connaissance rend possible la connaissance. La conscience réflexive de la réflexion rend possible le déploiement de la réflexion. («Livre II», Page 381).
La connaissance objective, c'est-à-dire la connaissance vraie et rigoureuse, est le moyen d'autre chose; car cette phénoménologie est éthique. [...]. Il ne faudrait pas penser -je ne le dit pas un seul instant- que dans les descriptions que nous faisons du réel, de la société, des individus, des actes et des valeurs, nous devions tordre et forcer ces descriptions à la lumière d'un but. Nous déformerions alors ce que nous voyons, et nous ferions comme la plus part des philosophes; Platon et Kant déforment la réalité pour justifier leurs propres idéaux. (Conférence de 1990).
La conscience percevante est d´abord [...] une réflexivité en tant qu´elle est présente à elle-même et, par conséquent, à distance de soi mais sans scission. («Livre I», page 147).
Nous ne disons certes pas que «la pensée», c´est-à-dire la conscience et ses actes, comporterait une origine non matérielle et non biologique qui serait différente du cerveau.
[L´organisme] humain en général, et le cerveau en particulier, sont des systèmes élucidables en partie par le déterminisme, mais essentiellement compréhensibles comme producteurs d´hétérogénéité et de liberté. [Ils sont la condition antérieure de possibilité de la pensée.] («Livre I», page 52).
[L´individu] concret est une réflexivité désirante ou, plus simplement dit, un Désir comme conscience de désirer ou une conscience de soi comme désir. («Livre I», page 75).
Il n´y a pas de pure dialectique de conscience: il n´y a que des dialectiques du Désir. («Livre I», page 178).
[Comment] le sujet reconnaîtrait-il que ses désirs érotiques sont les siens, si la libido était par essence de l´ordre de l´inconscient. («Livre II», Page 280).
[Si] l´énergie biologique du sexe, c´est-à-dire du corps-organique, est bien antérieure à tous les contenus significatifs de la conscience, aucun de ces contenus n´est antérieur à la conscience. («Livre II», Page 287)
La cure [psychanalytique] se soutient en apparence de l´existence de l´inconscient mais, en réalité, c´est l´«inconscient» qui se soutient de la cure et de ce qui s´y déroule en parole et en conscience. («Livre II», Page 265).
L´inconscient n´est rien d´autre que la conscience même du patient, lorsqu´elle est reprise et interprétée par l´analyste. («Livre II», Page 283).
[La conscience spontanée] comme existence est par elle-même travail [saisi comme une charge] et parole [saisie comme impuissante], identité [saisi comme dispersée] et jouissance [saisie comme contrariée], recherche de l´être comme plénitude. («Livre II», Page 291 et page 294).
[Si] nous répugnons à parler de catégories de la raison, c´est parce que ces éléments constituants [du sujet, que sont la temporalité, réflexivité spéculaire et réflexivité,] ne sont pas des choses ou des cadres situés dans la conscience, ils sont la conscience elle-même. Ils sont, plus précisément, l´action même de la conscience [...]. («Livre II», Page 346).
[Les structures de la conscience sont] spéculaires, diachroniques et rétroactivement efficaces en même temps que proversivement créatrices. («Livre II», Page 390 et page 391).
L´acte fondateur est la position de la conscience comme commencement novateur. («Livre II», Page 435).
Le premier événement offert à l´expérience directe de l´individu [...] est la conscience de soi comme corps en première personne. [...]
Dans l´expérience véritable et immédiate, l´individu se saisit simultanément comme étant lui-même, et comme étant une activité dans l´espace. Cette activité, il est en outre conscient d´en être la source, et d´en être la source en tant qu´il est un individu charnel déployant son action dans l´espace et au contact de la matière.
Nous rassemblons tous ces éléments de la conscience active spontanée dans une seule notion: celle du corps-sujet. («Livre I», page 54 page 55).
C´est là, d´ailleurs, que réside toute la signification de la première éducation: il s´agit pour elle [de faire] passer l´individu du statut de corps-sujet [...] à celui de sujet comme conscience. («Livre I», page 56).
Si la conversion, [posées actuellement comme le renversement de la relation prioritaire du sujet et de l´objet au bénéfice du sujet], commence avec la réflexion, le pouvoir créateur sur lequel elle repose est déjà donné dans la réflexivité empirique. («Livre II», Page 416).
Nous dirons [...] que la conversion est existentielle dans la mesure où elle déploie une transmutation du Désir. («Livre II», Page 419).
[La conversion] est une opération constante de vigilance et de renforcement du renversement réflexif de l´empiricité. («Livre II», Page 424).
La conversion constitue le Désir-sujet comme liberté réflexive et seconde. («Livre II», Page 428).
[La] réflexivité (même si elle est acculée à la situation extrême du prisonnier déporté, torturé et affamé) peut toujours choisir, dans la souffrance et l´obscurité, de survivre plutôt que de disparaître. En situation moins extrême, ce choix de la survie peut prendre la figure de la crise salvatrice.
[L´existant] comme réflexivité spontanée, faite toute entière souffrance (fût-ce sur le mode empirique, c´est-à-dire quasi-immédiat), vit plutôt la crise comme le mouvement de l´intolérable. («Livre I», page 234).
C´est la révolte qui, ajoutée au risque absolu, constitue le vécu de l´intolérable et transforme dès lors l´expérience continue de la souffrance en expérience extrême de la crise. («Livre I», page 236).
La révolte est la conscience implicite de l´injustification du malheur, mais également la conscience de sa contingence. («Livre II», Page 243).
La crise révèle l´intolérable en même temps que la liberté, elle révèle la possibilité de la délivrance et les possibilités de l´avenir subjectif et mondain [...]. («Livre I», page 238).
Mais ce pouvoir intérieur, révélé par la crise en tant qu´elle est une prise de conscience explicite et réflexive, n´est rien d´autre que le pouvoir de la liberté. (I238).
[La crise] n´est certes pas encore une réflexion organisée, mais [elle] est un changement de la direction intentionnelle privilégiée le jugement porté sur l´intolérable et sur la souffrance, le sujet se préoccupe de soi et pose la question de son propre sens et de sa propre action à venir. {«Livre II», Page 247}.
[L´]inquiétude sur la validité des mythes qui structurent une société se présente comme une nouvelle crise [...]. («Livre II», Page 256).
[C´est] le sujet lui-même en tant qu´existence concrète, avec ses valeurs et son Désir, avec ses relations spéculaires et son désir d´être, qui constitue [les contradictions logiques des croyances] comme intolérables et pose comme crise son propre mouvement d´insatisfaction. («Livre II», Page 327).
[La conversion réflexive est] l´ultime opération que tout sujet est appelé à effectuer pour sortir du cycle des crises et de leur perpétuelle reconduction. («Livre II», Page 413).
[Le] travail de la réflexion aboutit ici à la décision radicale qui consiste à ne plus déployer ces attitudes de la banalité quotidienne et de l´affectivité mal comprise ou aveugle [que sont par exemple à l´attitude l´orgueil ou de l´humiliation, de la fierté revendicatrice ou de l´humilité révoltée. («Livre II», Page 420).
Nous appellerons Désir (avec une majuscule) ce mouvement affectif global par lequel s´opère l´individuation de l´individu. Il ne s´agit ni d´une faculté, ni d´une transcendance, ni d´une instance métaphysique, mais de l´individu lui-même tout entier constitué par le mouvement unifié et unificateur qui, à travers la vie et l´activité, le porte vers ses buts et vers sa vie. Nous rencontrons aussi les désirs (avec une minuscule). Ils ne seront que la spécifications du Désir. («Livre I», page 68).
[Le] désir est le dynamisme des actes, et les actes sont le sens (confus et enveloppé) du désir. («Livre I», page 70).
Le désir est constituant de sens, comme l'intelligence est dynamisée par le désir. (Conférence de 1990).
Le Désir n´est certes pas antérieur à l´action, il est l´énergie et la signification même de l´action. («Livre I», page 101).
[La dimension concrète de l´existence que nous désignons comme Désir enveloppe] toutes les activités affectives [c´est-à-dire concrètes] et existentielles par lesquelles en réalité un sujet s´inscrit dans le monde. («Intro.», page 22).
[Le fondement même de l´existence concrète] est le Désir, ou ensemble des motivations et des enjeux par lesquels un sujet s´inscrit dans le monde en s´orientant vers son avenir et vers la pleine possession de sa vie. («Intro.», page 23).
Le désir est d´abord une conscience. [...]
[La] conscience ne peut pas ne pas être Désir, puisque celui-ci est le mouvement concret de la conscience comme temps qualifié, en tant qu´elle déploie sa vie en poursuivant et son présent et son avenir (parfois même son passé). [...]
Le Désir est l´ensemble de la conscience.
[L´essence] du Désir est la conscience.
[Parce qu´il] n´est pas une connaissance, nous dirons que le Désir est une réflexivité non cognitive. [...]
Cette conscience immédiate de désirer n´est pas seulement conscience, elle est aussi qualité. («Livre I», page 72 à page 76).
Le Désir est l´auto-constitution de la conscience intentionnelle comme mouvement réitéré de la jouissance. («Livre I», page 92).
La conscience du désir est bien spécifique: elle se rapporte d´une certaine manière à un certain objet, lui-même perçu d´une certaine manière. C´est ici qu´apparaît le second aspect du désir : il est une intentionnalité à la fois qualitative et constituante. [Il est un mouvement «intéressé».]
Le désir est ainsi non seulement conscience mais encore intentionnalité dynamique et qualitative. Pour le dire autrement, le désir est une réflexivité qualitative. («Livre I», page 76).
Le Désir est l´acte de préférer un objet en le constituant dans sa signification par une comparaison et une référence à d´autres objets, eux aussi constitués par le Désir, selon une échelle relative de validation. («Livre I», page 107).
Tout empirique soit-il dans les premiers déploiements de son être, l´individu n´en est pas moins un corps-sujet qui se constitue peu à peu comme Désir-sujet [en] relation avec autrui, avec des valeurs et avec une société institutionnelle. («Livre I», page 196).
L´empiricité comme malheur est donc la condamnation et le rejet même du malheur, c´est-à-dire le Désir d´un régime existentiel qui soit accordé à l´essence du Désir. («Livre I», page 231).
Quand le Désir accède à la jouissance, c´est-à-dire au plaisir, alors l´être est [...]. («Livre I», page 97).
[Le Désir est la seule source dynamique de l´éthique]: c´est lui qui "existe", c´est lui qui se réjouit, c´est lui qui se désespère, et c´est encore lui qui se relance vers sa propre renaissance. («Livre II», Page 247).
On le voit, cette visée instauratrice des mythologies et des religions rejoint ou exprime la signification universelle de la visée du Désir lui-même. («Livre II», Page 258).
L´engagement [politique] comme rupture réflexive est en même temps un acte du désir, puisqu´il est intéressé à la réalisation d´une autre modalité existentielle que celle qui était la sienne avant cette rupture réflexive. («Livre II», Page 295).
[Le Désir] humaniste est à la source de l´invention de la raison en tant que ce Désir primordial d´une communication et d´un accord, ou d´une concordance universelle, se propose en effet de construire une connaissance qui satisfasse cette exigence existentielle. («Livre II», Page 336).
C´est notamment à propos du Désir que l´usage propédeutique d´une écriture métaphorique pourrait ètre fécond. («Livre II», Page 404).
[De] nombreux intellectuels tombent dans la spiritualité, comme s'ils ne pouvaient pas se maintenir au niveau intermédiaire entre les dieux et les choses. Or c'est là qu'est l'humanité: entre les dieux et les choses, entre les dieux qui n'existent pas et les choses qui existent. (Conférence de 1990).
Ce dont [le Désir] a peur et ce dont il s´angoisse, ce qui l´opprime et l´enchaîne, qu´il l´appelle dieu, destin, karma, faute, métempsychose ou nuit cosmique, ce n´est rien d´autre que lui-même renversant en angoisse funèbre l´âpre désir de plénitude et de vie porté à sa plus extrême intensité au cœur de sa plus extrême fragilité. («Livre I», page 164).
[La méthode phénoménologique s´oblige à] comprendre l´unité des actes qui ressortissent à [...] l´autonomie ou l´essence du sujet, et des actes qui ressortissent à [...] sa passivité ou sa contingence. («Intro.», page 26).
Pas plus que pour la philosophie existentielle classique, il n´y a, pour la phénoménologie intégrale de première personne, une «essence de l´homme» ou une «nature humaine» qui limiterait le nombre et le sens des contenus dynamiques susceptibles d´être attribués à un sujet. («Intro.», page 35).
Sans parler ici de la question de la nature humaine, il existe une conscience, une conscience humaine. Et je pourrait dire comme Husserl [...] qu'il faut tenter de "décrire des essences." Le mot essence est dangereux, mais l'idée est intéressante. L'idée est que, pour parle comme le XVIIIème siècle ou comme Spinoza, il y a une nature humaine,[...] il y a une structure, une nature, une valeur permanente de l'humanité. Et l'une de ces structures permanentes c'est d'ailleurs le pouvoir d'invention qu'est la liberté; mais la liberté fait partie de la structure de l'esprit humain. (Conférence de 1990).
L´espèce humaine est une donnée de fait et non l´œuvre entière et radicale de l´homme lui-même. Il n´est donc pas exact de dire que l´homme n´a pas d´essence et qu´il n´est qu´une pure existence. [...]
Ce qui est premier, «objectif» et «involontaire», ce n´est donc, jusqu´ici, que cette essence donnée de l´homme, essence qui se présente comme une existence qui est «nécessairement» et sans qu´elle l´ait voulu, corps-sujet et intentionnalité dynamique qualitative et consciente. («Livre I», page 81).
[Une] éthique suppose résolue la [question] de savoir pourquoi un existant, qui est un libre Désir spontané, peut renoncer à sa liberté en se saisissant comme dépendant. [Mais au stade de l´anthropologie primaire, nous ne connaissons rien de cette éthique, ni sa définition, ni ses tâches, ni ses critères]. («Livre I», page 223).
J'ai toujours considéré que toute conscience est un acte. Donc le principe, doctrinal, vous le voyez, selon lequel la conscience n'est pas une chose ou un déterminisme, ce principe doctrinal est aussi un principe méthodologique. Et c'est la mise en œuvre complète de ce principe méthodologique qui m'amène à décrire des actes, et ce faisant, j'enrichis la doctrine: décrivant des actes je trouve mieux le moyen de construire cette liberté, et je rejoins la finalité éthique de cette phénoménologie. (Conférence de 1990).
[Par lui même], le Désir est source éthique, si l´on veut bien entendre par éthique un système de principes d´action destinés à rendre possible l´épanouissement du Désir comme joie et comme expérience d´être. («Livre II», Page 245).
Déjà la réflexion empirico-politique, dans l´engagement, est une responsabilité. («Livre II», Page 300).
La sortie hors de la crise est précisément l´une de ces possibilités et de ces potentialités qui constituent un sujet: ici, un individu, c´est-à-dire un être de Désir qui est à la fois réflexivité, mouvement vers la jouissance d´être et liberté dépendante et douloureuse, décide d´entreprendre un mouvement vers la restauration de l´être et de la jouissance. («Livre II», Page 244 et page 245).
Si la recherche biologique, par exemple, est en désarroi quand à ses choix éthiques, elle n´en est pas moins l´instrument même par laquelle une éthique véritable, appuyée sur des valeurs construites hors de la biologie, saura accroître la maîtrise de l´homme sur son corps et sur sa santé. («Livre II», Page 359).
En termes traditionnels, nous dirions que l´exigence éthique, sa force et sa détermination, sont les corrélats du Désir lui-même lorsqu´il se sait et lorsqu´il se désire en effet comme Désir absolu. («Livre II», Page 429).
L´être, ici, est non pas la substance transcendante comme Etre, mais l´expérience de soi comme expérience extrême de plénitude et d´auto-suffisance. [...]
Le temps et l´instant sont ici substantiellement liés, mais également le corps et l´esprit, la chair et le sens, l´individualité objective et la conscience de soi. Le sujet du Désir est alors assuré que l´être est, puisque la jouissance est la présence à soi-même d´un être qui est un acte autonome et absolu, et d´un acte qui est plénitude et adhésion. («Livre I», page 96).
Car l´être est le nom de l´indestructible [...]. («Livre II», Page 431).
Nous appellerons donc existence cette vie intégrale d´un Désir qui est en même temps une réflexivité, cette réflexivité étant simultanément rapport direct à soi et rapport spéculaire à l´autre. [...]
Il est le rassemblement des trois dimensions de l´activité du Désir-sujet: la jouissance, la réflexivité et la continuité temporelle. («Livre I», page 196 et page 197).
[Le terme d´affect] laisse entier le risque d´une interprétation passive et réaliste de la vie affective, alors que l´existence nous est apparue comme le déploiement actif de ces multiples opérations de la réflexivité spéculaire qui ne sont rien d´autre que le mouvement autonome du Désir. («Livre I», page 168).
Se déployant ainsi comme présomption et comme inquiétude, mais aussi bien comme passivité obéissante ou dominatrice, l´existence empirique ne peut être simplement caractérisée comme servitude ou aliénation. Elle-même ne se saisit pas simplement comme telle. [...] Elle est le malheur.
Cette négativité existentielle n´est [pas] la négation de l´essence même de l´existence, mais seulement son régime empirique.[...] Le régime empirique de l´existence est cette existence ambivalente qui se nie comme liberté et Désir, tout en se constituant librement comme référence à cette joie dont l´absence la désespère. («Livre I», page 230 et page 231).
Sans la validation et la fondation ultime de l´analyse descriptive par l´expérience en première personne, cette description cesserait d´être une connaissance pour devenir une idéologie arbitrairement reconstruite de toutes pièces. («Intro.», page 28).
La réflexion [dans l´engagement politique] n´est donc qu´une intention effectivement réalisée de distanciation et d´intervention, de contestation et de construction, mais cette intention réflexive et pratique ne s´est pas encore donné les moyens rationnels de justifier valablement, c´est-à-dire de fonder, une action qui soit à la fois neuve, libératrice et concrète. («Livre II», Page 300).
Fonder signifie ici: rendre intelligible. Cette intelligibilité sera de l´ordre de la compréhension. Comprendre le surgissement de la raison c´est le motiver, c´est-à-dire, comme nous l´avons déjà vu, le relier à l´existence d´un sujet et aux fins qu´il se propose d´atteindre. («Livre II», Page 332).
Si la conversion est la restauration du sujet dans sa souveraineté, la fondation est l´œuvre première de cette souveraineté. («Livre II», Page 428).
Le sujet, par la fondation, se fonde lui-même sur et dans l´être [...]: le Sujet se fait cause de soi. Il est causa sui. («Livre II», Page 432).
L´historicité n´est pas la réalisation d´une éternité antérieure et intemporelle, comme le temps n´est pas l´image mobile de l´éternité, selon la formulation traditionnelle. («Intro.», page 38).
Alors la phénoménologie vise l'intemporelle, et parce qu'elle vise des essences universelles, et parce qu'elle vise l'instauration d'un future hors-temps (hors des attaques du temps, non soumis à la fragilité du temps). L'éthique veut construire quelque chose qui ailleurs est appelé le Préférable, et le préférable est, dans l'existence concrète, hors-temps. Il ne concerne pas et n'est pas concerné par la fragilité de l'histoire. (Conférence de 1990).
Nous désignons donc seulement par idéologie ce que ce terme a traditionnellement signifié: l´idéologie est simplement un système d´idées, de croyances et d´idéaux qui se présente eux-mêmes comme principes d´action éthique et politique mais qui ne sont pas en mesure de présenter les titres et les preuves de leur validité. («Livre II», Page 297).
Parce qu´elle est une pensée mise au service immédiat de l´action, c´est -à-dire une réflexion animée seulement par le Désir qui la constitue, l´idéologie des intellectuels se satisfait d´un choix sélectif et restreint d´idées qui suffiront à justifier (croient-ils) une action. («Livre II», Page 309).
L´imagination n´est pas un résidu passif de la perception, [mais] une conscience active et, plus précisément, une des modalités toujours possibles et par conséquent essentielles de la conscience intentionnelle.[...]
L´imagination est liée au Désir comme sa possibilité constante, mais non pas comme sa substance. («Livre I», page 127 et page 128).
L´image est simultanément lumière, chair, et sens. («Livre I», page 131).
Si un espace, un temps et une résistance s´ajoutent à cette lumière, on obtient soit le monde de l´art, soit le monde réel, mais l´on est sorti de l´immanence absolue d´une image dont toute la chair est dans l´être vu et dont tout l´opération est dans l´acte de voir. [...]
Mais la chair et le sens peuvent ou se rapporter à un monde transcendant [mythes, art], ou se limiter à eux-même dans un rapport immanent [rêve, délire]. («Livre I», page 133).
Le choix de l´imagination ne provient pas de la déception, il provient de l´impatience [ : ] l´imagination est cette attitude de la conscience désirante par laquelle elle se fait toute entière créatrice de son objet en raison de son refus de la patience («Livre I», page 135 et page 136).
Réflexion sur soi, connaissance et action sont toujours étroitement liés pour constituer l´existence concrète [...] mais cette unité de la connaissance et de l´action a toujours été, dans nos analyses, liés à l´imagination [...]. («Livre II», Page 327).
La création artistique, active ou contemplative, est impérieuse, sinon nécessaire, dès lors qu´il est admis que la transmutation non plus du Désir (comme dans la philosophie et l´amour) mais du monde lui-même, est une opération esthétique effectuée par l´imagination. («Livre II», Page 452).
[L´individu] est la première et peut-être la seule réalité à la fois effectivement donnée dans l´espace et dans le temps comme présence, et offerte avec évidence à la compréhension et à la connaissance. Histoire et institutions sont toujours déduites ou induites, simplement dérivées. («Livre I», page 47).
L´être en soi de ce corps placé là devant moi est certes un organisme, et un organisme vivant, mais ce n´est pas à ce titre qu´il est saisi, c´est au titre d´un individu conscient avec lequel je puis entrer en relation. [...]. Mais ce dont la science biologique, c´est-à-dire la connaissance objectiviste de l´organisme humain, ne sais pas rendre compte, c´est de l´unité de cet organisme d´une part, et de l´activité de la pensée, ou conscience, d´autre part. («Livre I», page 49 et page 50).
L´individu est tout entier une seule conscience désirante d´un objet intelligible et désirable, et cette conscience unique est simultanément soi et conscience de soi, désir et conscience de désirer. Le terme de réflexivité vaut alors comme métaphore : il désigne la conscience comme miroir mais en tant qu´elle est elle-même et le contenu reflété et l´acte de le réfléchir. («Livre I», page 108).
[L´amour] au sens large de la reconnaissance d´autrui et de l´affirmation de sa valeur pour Ego, est la source ultime de la sociabilité. («Livre I», page 179).
C´est par mimétique et imitation que les consciences apprennent un langage, et c´est par le même processus qu´elles produisent une action symbolique commune ayant pour résultat l´émergence d´une institution et de ses instruments de contrôle. [...]
Il se produit alors ce que nous pourrions appeler une circulation spéculaire: chaque conscience est reprise par une autre conscience et reprend elle-même une autre intentionnalité.
Par la mimétique symbolique se constitue donc, non pas le sens et le contenu d´une institution, mais sa force et son objectivité («Livre I», page 188 à page 190).
Un libre Désir réfléchi est toujours concerné, mais il se présente concrètement à lui-même et aux autres comme l´attente substantielle d´un bien, ou d´un service, qui devrait venir à Ego à partir de l´autre, et qui serait objectivé, garanti ou entériné par le regard du Tiers, c´est-à-dire également son attente et son désir. [...]
Ce à quoi est intéressé le regard du Tiers n´est pas le contenu des échanges réversibles entre Ego et l´autre, mais l´existence même de ces échanges. [Et] l´échange réversible et alterné d´attente et de don, entre Ego et l´autre, se redouble en chacun de ces deux Désirs, d´une commune référence au Tiers qu´ils constituent ainsi comme le garant objectif et désintéressé de la reconnaissance réversible entre Ego et l´autre.
Ainsi se forme le commencement d´une institution. («Livre I», page 180 et page 181).
La relation sociale institutionnelle est une relation pratique d´autorité hiérarchisée. («Livre I», page 174).
L´Autorité comme puissance est celle du Nombre. [...] Mais l´Autorité ne vient au Nombre que par l´investiture d´autorité conférée par les contractants. [...]
Ce consentement peut-être oublié ou méconnu: la vie sociale se donne alors à elle-même, le plus souvent, comme obéissance.[...]
La Loi est le Texte (le texte de loi) qui conférera à la Puissance du Nombre sa cohésion.
[La] croyance commune, la convergence des interprétations et des actions, le consentement généralisé quand à l´autorité d´un groupe de pouvoir et d´un système de lois, forgent, en outre, l´instrument matériel de la cœrcition. [...]
L´objectivité, c´est-à-dire la réalité de l´institution comme cadre de la vie sociale, n´est donc rien d´autre que l´œuvre des désirs individuels en tant qu´ils agissent ensemble, et qu´ils échangent en miroir leurs demandes et leurs dons, leurs activités et leurs pensées. («Livre I», page 182 à page 185).
[Intentionnel,] c´est -à-dire simultanément volontaire et orienté [...]. («Livre II», Page 330).
La jouissance que nous décrivons est donc une expérience intuitive de la réflexivité: une expérience qualitative donnée à elle-même comme conscience actuelle de se réjouir.
Cette expérience actuelle [...] n´est d´ailleurs pas seulement qualitative, elle est aussi [intensive]. («Livre I», page 93).
Parce qu´elle est de l´ordre du sens, la jouissance est un accord de la réflexivité avec elle-même; et parce qu´elle est de l´ordre de la chair, cette jouissance est une adhésion de l´individualité charnelle. à sa propre objectivité transmutée. Le plaisir est une joie de l´esprit, et la jouissance spirituelle est une joie charnelle. («Livre I», page 95).
La jouissance, en sa détermination générale (qu´elle soit plaisir ou satisfaction, contentement ou allégresse, joie ou bonheur) est donc la réalisation de l´essence même du Désir comme désir d´être. («Livre I», page 96).
La pensée tragique n´est qu´une démission effrayée. («Livre II», Page 403).
La surréflexion n´est [...] une source de joie que si elle s´attache à poursuivre l´instauration de cette joie au delà même du fait de l´écriture réflexive. [« Livre II », page 409].
La vie philosophique n´est donc ni ascétique ni solitaire, mais ses joies et ses liens, et par conséquent sa Joie, ont des contenus tout autres, spécifiquement instaurés dans la perspective du Préférable. («Livre II», Page 425).
[La] joie est la qualité intuitive, dynamique et intense selon laquelle se saisit concrètement, dans le présent, un Désir-sujet qui s´est déjà instauré comme existence fondée. («Livre II», Page 442).
[Un] paradoxe [«il faut être déjà libre pour désirer se libérer, mais alors pourquoi désirer se libérer ?»] se présente avant toute réflexion sur la liberté, et c´est la solution de ce paradoxe qui nous conduira vers la nécessaire distinction de deux stades de la liberté, le premier stade étant constitué par la liberté spontanée et le second stade par la liberté réflexive. («Livre I», page 119).
[La] liberté ne peut-être prédéterminée ni par des causes qui la détermineraient, ni par une essence qui s´imposerait à elle. («Livre I», page 118).
L´homme n´est pas libre malgré son Désir et son imagination, il est libre en raison même de ce Désir et de cette imagination. («Livre I», page 138).
C´est [à partir] de la conscience comme acte que peut être établi le fait de la liberté, et justifiée une anthropologie qui soit la connaissance philosophique d´un sujet véritable et non pas la connaissance «scientifique» d´une chose vivante. («Livre I», page 84).
[La liberté, dans sa première forme] réside dans la contingence et l´autonomie des significations du Désir (buts et valeurs) mais non pas forcément dans la jouissance et la satisfaction. («Livre I», page 122).
[C´est] par la réflexivité que le Désir est la source de son propre mouvement spontané de dépassement. («Livre I», page 124).
Par la création imaginaire, le Désir met donc en uvre l´essence même de la liberté: celle-ci est en effet le mouvement de transcendance qui se dépasse lui-même par ses seuls forces, ce dépassement étant la spontanéité elle-même, c´est-à-dire l´autre nom de la liberté. («Livre I», page 137).
L´aliénation est [la liberté primaire lorsqu´elle est] dépendante et malheureuse («Livre I», page 141), [et] cela dans l´exacte mesure où la réflexivité spéculaire, si elle est toujours réversible, n´est pas toujours réciproque («Livre I», page 168).
[La liberté primaire] marquée comme réflexivité par la spontanéité, n´atteint pas encore son propre niveau réflexif et peut alors imaginairement se soumettre à des puissances externes qu´elle a en réalité constituée elle-même. («Livre I», page 193).
Le Désir-sujet doit, en effet, être reconnu comme libre et constituant de part en part: l´individualité résulte de l´individuation du Désir par lui-même, en tant qu´il est déjà lui-même une réflexivité constituante, source de ses choix et des significations données directement et spéculairement au monde et aux autres. («Livre I», page 200).
L´existant pose donc sa dépendance en tant qu´elle lui procure une satisfaction plus intense que sa propre liberté, et cette satisfaction provient précisément du [choix de renoncer] à la liberté. («Livre I», page 222).
Inquiet de son insuffisance, le sujet pose un monde objectif qui l´encadre et le rassure, et il obtient ainsi une solidité et une cohésion intérieures par l´acte même qui le fait renoncer, [faute de pouvoir la détruire,] à sa liberté. («Livre I», page 228).
Le conflit des consciences exprime, non pas l´essence de la relation à autrui, mais le heurt contingent des Désirs lorsque ceux-ci se règlent sur une imagination conquérante ou obéissante tout entière constituée comme mépris de soi et renoncement à la liberté. («Livre I», page 230).
[Par sa réflexivité désirante], le sujet est finalement conduit par ses propres structures à faire de sa liberté l´origine d´une contestation de son être et d´une anticipation de son avenir à la lumière du désirable. («Livre II», Page 248).
[La liberté première de l´intellectuel] le rend capable de cette décision qui consiste à prendre réflexivement pour motif de sa démarche intellectuelle les contenus de son Désir tels qu´ils sont actuellement [empiriquement] donnés. («Livre II», Page 315).
[La raison] implique en son être [une] liberté qui permet le redoublement de la réflexivité, mais [qui] permet aussi le redoublement critique de la réflexion elle-même. («Livre II», Page 349).
[La] liberté ne se réduit pas à la contingence de la réflexivité, mais à la construction permanente d´une existence réfléchie. («Livre II», Page 365).
[L´amour authentique] ne se pose pas la liberté pour but, et cependant elle en exprime l´essence par excellence. («Livre II», Page 377).
La liberté créatrice n´est pas une pieuse valeur, elle est la donnée fondamentale de la conscience, son essence et sa signification. («Livre II», Page 382).
[Si la liberté est] une valeur ou la source des valeurs, [elle est] en même temps un fait et la source de tous les faits. («Livre II», Page 383).
Par la conversion, le Désir-sujet met explicitement en uvre, à un second niveau de la réflexion, son propre mouvement constituant comme Sujet et comme Désir transmuté. Ce niveau réflexif et inversé est le niveau second de la liberté. («Livre II», Page 427).
L´opinion [comme système de jugement] est un résultat historique, et elle se présente pourtant aux yeux du sujet empirique comme un système permanent et déjà là de croyances et d´idéaux tout constitués et objectivement valables. («Livre II», Page 296).
L´opinion publique, comme lieu de l´idéologie, est aussi la matrice d´une exigence d´efficacité rationnelle et de connaissance véritable qui peut s´ouvrir sur un besoin d´éducation et de culture. («Livre II», Page 302).
C´est la parole vivante, en première personne et sans connaissance linguistique de la syntaxe ni de l´histoire, qui rend réellement possible le langage et la relation de communication à autrui. [...] La parole vivante ne saurait être décrite et analysée [...] que d´une façon directe qui saisisse (avec ou sans médiation temporelle dans le présent du sujet parlant, ou dans son souvenir) l´acte même de parler déployé par un sujet vivant qui parle effectivement. Une telle description directe [...] est une description phénoménologique. («Intro.», page 17).
La parole est conditionnée par l´existence même d´un sujet: seul un sujet en première personne peut parler en organisant une syntaxe à partir de son point de vue actuel et local. [...]
La parole ne constitue pas le sujet, puisque c´est celui-ci qui la conditionne.[...]
La parole est [...] constituante de la personnalité et de l´existence. Mais elle n´est telle que d´une façon seconde: elle repose sur la réflexivité désirante et spéculaire comme sur sa condition de possibilité. [Il] y a là comme une circularité féconde, ou une spirale ascendante: ce sont les structures de l´existant qui rendent possible la parole, mais c´est la parole qui, en retour, rend plus substantielle et plus explicites les structures de l´existant en tant que synthèse temporelle, objectivation du désir réfléchissant et mouvement d´individuation. Sans le Désir-sujet, la parole est impossible. Et sans la parole, l´existant est inconsistant. («Livre I», page 201 à page 203).
[La phénoménologie est] la description des contenus et des significations de la conscience par un être qui soit lui-même cette conscience ou qui ait la capacité de déployer ces contenus et ses significations. [...] C´est cette cohérence interne entre le réfléchi et le réfléchissant qui garanti la vérité et la validité des descriptions opérées par la réflexion. («Intro.», page 17)
De l´expérience humaine, rien n´échappe donc à la compétence de la compréhension phénoménologique, soit dans la perspective «horizontale» de la multiplicité des champs d´action (Désir, connaissance, existence, réflexion, langage, institution, être), soit dans la perspective «verticale» des diverses modalité existentielles de ces activités (l´ontologique et «l´empirique», le conscient et «l´inconscient»). [Tout] chercheur doit pouvoir appliquer au domaine qui est «le sien» [...] cette phénoménologie intégrale. («Intro.», page 28 et page 29).
[Les deux tâches que seule une phénoménologie intégrale est en mesure d´assumer sont] : d´une part, rendre compte de la totalité des dimensions du sujet, c´est-à-dire de son contenu qualitatif, de sa cohérence logique et son pouvoir réflexif et, d´autre part, rendre compte de son antériorité par rapport à elle-même, c´est-à-dire en fait de l´unité de sa vie concrète anté-réflexive et de sa vie gnoséologique et réflexive. («Intro.», page 15).
Lorsque le philosophe dit «je», il dit clairement en réalité: «nous, en tant que chacun de nous est un Je, un sujet en première personne.»
[La conséquence de l´imbrication] de l´universel et du singulier est d´ordre à la fois méthodologique et doctrinal: la phénoménologie intégrale s´avère être une égologie. («Intro.», page 33).
Tout le monde peut comprendre une description d'un rapport à l'abstraction faite en première personne, comme tout le monde peut comprendre la description en première personne d'un rapport d'une personne à une seconde personne. Et ce sont toutes ces différentes attitudes -ou directions de la conscience- que la phénoménologie a pour tâche d'élucider. C'est pourquoi on pourrait dire en ce sens que la phénoménologie réflexive est une égologie. Je crois que le mot est employé quelques rares fois chez Husserl, et n'a rien à voir bien sûr ni avec l'idée d'égocentrisme ni avec celle d'égoïsme, qui sont des termes ou de psychologie empirique ou de morale. L'égologie est précisément une description en termes universels de cela qui est vécu en première personne. (Conférence de 1990).
Mais le sujet est d´abord [...] un être réflexif qui se précède lui-même et s´intègre lui-même (fût-ce partiellement) dans cette première connaissance qu´il prend de lui-même: cet acte est précisément l´acte phénoménologique. («Intro.», page 16).
[La] description du Désir est aussi consubstantielle à la phénoménologie que l´est la description de la connaissance et de la perception. («Intro.», page 23).
Loin de renverser la liberté en contre finalité et nécessité inéluctable, la réflexion phénoménologique et "dialectique" libère au contraire la liberté et lui rappelle que son essence est l´invention du possible et la réalisation de l´avenir. («Livre II», Page 382).
Robert MISRAHI a donné en 1990 une conférence pour expliciter sa méthode.
Dans sa définition la plus élémentaire, la philosophie est le soucis d´accéder à la vérité par la réflexion. («Intro.», page 22).
Si la philosophie doit être un connaissance vraie, le sujet de cette connaissance doit commencer à soi, mais quand un sujet commence à soi le travail de la connaissance, il déploie une activité réflexive qui est la phénoménologie elle-même. («Intro.», page 21).
La distinction du cogito et du second cogito implique que cette méthode réflexive opère bien évidemment à différents niveaux: c'est un second cogito qui est capable de réfléchir sur la conscience réfléchissante; c'est le second cogito qui est la phénoménologie, c'est à dire le travail effectué par le philosophe réfléchissant sur sa personnalité - j'emploie le terme de "personnalité" pour intégrer les deux mots "affectivité" et "réflexion." (Conférence de 1990).
[Le philosophe] est Désir, en tant qu´il a et qu´il est le souci de sa propre existence. [Il envisage] de transformer et d´enrichir la méthode de la raison (uvre de la réflexion) par la réflexion elle-même. («Livre II», Page 365).
Ce que doit vouloir le philosophe c'est connaître et comprendre. Mais cela est sous-tendu par l'idée générale selon laquelle je sais déjà que connaître et comprendre a pour intention de libérer, pour le réaliser, le désir. (Conférence de 1990).
La plénitude est l´intuition d´autosuffisance dans une réplétion heureuse accordée à elle-même et pourtant ouverte sur son propre avenir. [Le plaisir est alors] l´adhésion à soi dans le sentiment d´un glissement suave de la conscience sur elle-même. («Livre I», page 95).
[La politique n´est rien d´autre] que la dynamisation des institutions par un système de pouvoirs et de responsabilités qui se réfèrent explicitement à des valeurs, c´est-à-dire aux visées ultimes du Désir. («Livre I», page 191).
Ne pas agir, c´est n´avoir pas jugé réellement et pensé réellement que la situation est en effet intolérable ou menacé. («Livre II», Page 293).
[L´engagement] politique est le redoublement de toutes les structures de la réflexivité (travail, parole, jouissance, désir d´être) par le désir lui-même en tant qu´il réitère son mouvement dynamique vers un but. («Livre II», Page 293).
C´est pourquoi nous pourrions dire que l´engagement idéologique, même s´il est simplement empirique, est une quasi-réflexion du point de vue de la connaissance, mais une véritable réflexion en retour du point de vue de l´action. («Livre II», Page 301).
[La] démocratie, comme système réfléchi et volontaire, est précisément la prise de conscience de cette efficacité fondatrice des individus dans la vie politique en général et dans la démocratie en particulier. («Livre II», Page 378).
[Le] philosophe accroît d´un mouvement et la conscience de soi et la démocratie, puisqu´il révèle que cette conscience de soi est le fondement de la démocratie, tandis que, inversement, la démocratie accroît en l´exprimant cette conscience de soi. («Livre II», Page 381).
L´action n´est heureuse que si elle est à la fois absolument autonome et socialement eudémoniste. («Livre II», Page 450).
[Le Préférable] est l´autre nom, pour nous, du bonheur d´être et de l´utopie eudémoniste et sociale. («Livre II», Page 454).
[Parce que] l´alternative est d´abord, dans sa vérité nue, celle de la mort ou de la vie, ce qui est posé à l´horizon de la souffrance n´est pas une simple préférence mais l´objet d´un choix exclusif et radical que nous avons désigné comme étant le Préférable. («Livre II», Page 243).
Le Préférable est, comme plénitude de l´être, la visée essentielle et universelle de tout sujet, et la souffrance est la marque de l´existence la plus fréquente des sujets dans leur univers empirique. («Livre II», Page 412).
[La raison est] l´intelligence opératoire et réflexive. («Livre I», page 157).
[La] réflexivité que nous décrivons n´est pas l´opération épistémologique de la raison dans son uvre de connaissance, même si elle en est la condition première de possibilité. («Livre I», page 158).
Si la raison est le soucis de la communication universelle, elle est par là même le souci de fonder, c´est-à-dire de rendre intelligible cela qu´elle se propose de connaître. («Livre II», Page 350).
[La réciprocité est] l´affirmation généreuse de l´autre dans son existence et dans sa valeur, et le choix éthique d´une forme de relation qui privilégie en effet l´équivalence et la générosité des échanges en même temps que l´intensité existentielle des contenus du Désir ici concerné, c´est-à-dire l´amitié et l´amour. («Livre I», page 157).
J'essaie de faire, au fond (même si l'expression est lourde), une doctrine de l'ego (point 5), une doctrine de la singularité. Et pour bien montrer qu'il s'agit de cela, il faut que la description soit exprimée en première personne. Mais cette première personne implique aussi la seconde personne. C'est une doctrine de la réciprocité. (Conférence de 1990).
Avant toute reconnaissance, doit-être posée la conscience de l´existence d´autrui. [...] Nous dirons qu´elle est spéculaire. Elle est en effet l´affirmation mutuelle et réversible de l´existence d´autrui comme ego, c´est-à-dire comme sujet semblable à Ego. («Livre I», page 174).
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Réflection
(Reflété ?)
[On le voit, l´amour "transférentiel" de la cure psychanalytique] met en uvre un système de reflets et d´images qui se constitue beaucoup plus comme une "réflection" imaginaire que comme une simple dialectique d´imagination. [Nous] sommes en présence d´un quasi-amour. («Livre II», Page 269).
[Si] l´engagement empirique n´est ni un délire, ni une thérapeutique, ni par conséquent une simple réflection imaginaire, il n´en est pas pour autant une authentique réflexion. Il n´est qu´une quasi-réflexion. («Livre II», Page 300).
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Réflectivité
(Réflectif ?)
[Pourtant] l´engagement est une véritable action réflexive sur soi: il faudrait écrire : réflective pour marquer le caractère dialectique et rétroactif de l´action du sujet dans le monde. («Livre II», Page 301).
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Réflexivité (pré-réflexif, réfléchissant, réfléchi)
[Nous distinguerons] deux niveaux de la conscience de soi : nous appellerons réflexivité la présence de la conscience spontanée à elle-même, et nous réserverons le terme de réflexion au second niveau de la conscience, celui par lequel elle se fait connaissance rationnelle et retour redoublé sur elle-même. («Livre I», page 74).
[La réflexivité opère] non pas une synthèse a priori, mais une synthèse concrète et proversive de soi-même comme qualité dynamique et identitaire du temps vécu. («Livre I», page 109).
[La réflexivité est] la rationalité encore maladroite mais déjà à l´œuvre jusqu´au cœur de l´arbitraire ou de l´imaginaire. [...]
[L´intelligibilité] implique la réflexivité: d´abord comme source intelligente et «rationnelle» d´une motivation et d´un sens (la personnalité d´un être aimé, le contenu d´un programme politique, la signification d´un plan d´architecte), et ensuite comme activité de comparaison en miroir. La réflexivité est la position d´un sens par antithèse dialectique et mouvement de va et vient entre différents sens possibles. («Livre I», page 106 et page 107).
[C´est] par le dédoublement interne de soi (ou duplication) et le redoublement externe de soi (ou réfléchissement) que le Désir, comme réflexivité, inscrit dans le monde des significations où il se reconnaît sans se confondre avec elles. («Livre I», page 130).
Nous appellerons duplication ce phénomène concret, c´est-à-dire cette structure concrète de la réflexivité où celle-ci confère à son mouvement de désir un double contenu : par exemple l´ambivalence de «la haine» et de «l´amour», de l´adhésion et de la contestation, de la tristesse et de la joie. («Livre I», page 110 et page 111).
Le réfléchissement est précisément l´opération de ma conscience par laquelle elle peut projeter en l´autre après l´avoir inversé, le mouvement de conscience qu´elle a déjà saisi en elle-même comme réflexivité. («Livre I», page 149). [C´est le détour de la réflexivité par autrui].
Déjà par elle-même la réflexivité était un entendement conscient de soi.
Mais la réflexivité intelligente, si elle implique des opérations intellectuelles telles que la réversibilité, la classification ou la déduction, [...] en est consciente mais n´en possède pas encore la connaissance réflexive. («Livre II», Page 333).
[La réflexivité est par essence] l´intuition réflexive de l´évidence de l´existence de l´autre, bien que cet autre soit en effet situé, par rapport au monde, dans une position inverse et symétrique par rapport à la mienne. («Livre II», Page 345).
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Réflexion
(réflexif)
Quel est le degré de vérité d'une description phénoménologique de la spontanéité? C'est à cela que nous devons au contraire répondre et que s'efforce de répondre cette distinction entre réflexivité et réflexion. La réflexion au fond n'est rien d'autre que l'intensification de la réflexivité. (Conférence de 1990).
[Dans] la réflexion par laquelle la conscience se saisit effectivement elle-même en tant qu´elle est un Je [, la conscience est] le regard qui se regarde dans le miroir, et l´image qu´elle saisit dans ce miroir [métaphorique]. («Livre I», page 148).
Le mythe constitue un univers imaginaire qui redouble à la fois le monde et l´existence des hommes, et ce redoublement est une réflexion. («Livre II», Page 255).
La fascination est la fixation de la réflexion sur le contenu qui la motive et qui est son propre désir. («Livre II», Page 314). Cette préférence de soi constitue l´essence de toute croyance. («Livre II», Page 317).
[La réflexion spéculaire] est le fruit d´une élaboration et d´un travail explicite de la conscience, et non pas une donnée de fait déjà inscrite dans la conscience spontanée universelle. [Cette création "philosophique"] est une uvre que peut accomplir toute conscience cultivée, puisqu´elle repose sur les structures les plus ouvertes et les plus générales de la conscience, à savoir la réflexivité, la réflexivité spéculaire et la réversibilité. («Livre II», Page 367).
[C´est le] retour réflexif d´une opération sur le sujet qui en est pourtant la source, que nous appellerons réflexion spéculaire. [...] Mais cette création du sujet par le monde est en réalité une création du sujet par lui-même, après le détour par le monde. («Livre II», Page 369).
La surréflexion est donc simultanément le nouveau degré réflexif du regard spéculatif (une sorte de troisième cogito, ou de troisième degré du cogito [comme examen rétroactif des niveaux antérieurs de la réflexion]) et [l´acte même d´écriture] de ce troisième cogito. («Livre II», Page 400).
La surréflexion, comme patient travail de la réflexion écrite, est donc initialement le fruit d´une décision radicale : celle qui consiste à exprimer par l´écriture, pour reconstruire, par l´écriture, une existence et une sociabilité. («Livre II», Page 417).
L´écriture philosophique, pourvu qu´elle soit une surréflexion, c´est-à-dire qu´elle se rapporte au sujet d´une façon à la fois conceptuelle et intégrale, se révèle donc comme étant la source d´une joie. («Livre II», Page 409).
Ce phénomène, qui est l´acte commun de deux réflexivités spéculaires instaurant ensemble une seule relation transparente et croisée, est cela qu´on appelle couramment la réciprocité. Pour donner à nos concepts plus de précision, nous réserverons [...] le terme de réciprocité pour le domaine proprement éthique. [...]
C´est pourquoi nous désignerons la double réflexivité spéculaire par le terme de réversibilité. («Livre I», page 156 et page 157).
Ce qui est ici en acte, chez le corps-sujet, c´est-à-dire l´individu considéré encore simplement dans sa présence charnelle élémentaire, c´est une puissance intrinsèque de toute conscience: la réversibilité. La conscience corporelle de soi est en même temps la conscience d´une potentialité inverse, à savoir la possibilité d´être saisi et perçu de l´extérieur. («Livre I», page 59).
La réversibilité est d´abord l´aptitude d´une conscience à réaliser une opération inverse de celle qu´elle vient d´effectuer, que cette opération soit une perception [...]; qu´il s´agisse d´un mouvement [...]; ou qu´il s´agisse enfin d´une opération logique ou mathématique [...]. («Livre II», Page 342).
[Les sciences sont] des reconstructions systématiques qui rendent compte d´une façon probable et impersonnelle de l´émergence d´un phénomène individuel et concret qui déborde de toutes parts le domaine ainsi rendu intelligible. («Intro.», page 17).
Quand à la logique, elle n´est peut-être rien d´autre que l´épistémologie a posteriori des sciences contemporaines du logicien, qu´il soit Aristote, Kant ou Husserl. («Livre II», Page 338).
La science a raison de dire qu'il y a des choses qu'elle ne peut pas connaître (ou qu'elle ne peut pas "encore" connaître) puisque connaître c'est expliquer, et que connaître c'est toujours connaître ou expliquer [par l'inconnu]. (Conférence de 1990).
Le domaine du sens est le lieu et le milieu même de l´existence humaine, et le non-sens, l´impensable ou l´absurde ne se comprennent qu´en référence au sens ou à l´absence de sens.
[Chaque homme est tout homme selon une modalité singulière.] Cette vérité, universellement reconnue, n´est possible que par l´identité en tout homme, non pas des contenus signifiants de sa conscience ou de son action, mais de la possibilité d´instaurer une relation de signification entre des intentions et des actes, ou entre des intentions et des signes. («Intro.», page 31).
[Le] Désir, comme réflexivité constituante est une libre constitution du sens. («Livre I», page 114).
[La] saisie de soi, ou celle du monde par une réflexivité, est toujours en même temps une donation de sens. La souffrance a toujours une signification, parce qu´elle est la modalité qualitative selon laquelle un existant se saisit lui-même. («Livre I», page 235).
Il existe du sens dans l´histoire, puisque le sens est cela même que les individus agissant ensemble constituent par leurs relations spéculaires et diachroniques, qu´elles soient convergentes ou divergentes. («Livre II», Page 388).
Il n´y a donc pas, ici, de pétition de principe mais enrichissement réciproque des concepts d´action et de désir : ils s´impliquent réciproquement.
Mais cette implication est un enrichissement dont nous saisirons l´importance ultérieurement; lorsque nous étudierons les contenus significatifs du désir. («Livre I», page 71).
La spirale ascendante et créatrice se poursuit […] au niveau du Préférable. Le sujet invente quotidiennement et diachroniquement la modalité singulière de sa réflexion, de son Désir et de son activité. («Livre II», Page 453).
Dans l´activité humaine, celle de l´individu, le sujet est donc simplement la conscience qui rend possible cette activité : si la source de l´activité est un corps unifié qui s´accompagne d´une conscience unitaire de soi comme condition du déploiement de l´activité significative, il est préférable d´utiliser une expression qui rassemb